Les camions de la voie Sacrée

 

Les camions ont de hautes bâches qui donnent trop de prise au vent, de petits moteurs aux ratés trop fréquents et des roues à bandage pleins et trop étroits qui tracent vite des ornières, comme les roues des chariots hippomobiles. On est secoué là-dedans « pire que des romanichels dans les roulottes sur des chemins de chèvres ». Il arrive aux chauffeurs de passer une, voire deux nuits entières sans dormir. Ils ont tous des yeux rouges qui larmoient. Sentent-ils leurs mains, enduites de vaseline par-dessus les engelures crevassées  Le plus souvent, ils mangent à même leur volant. Quand ils dorment, c'est tout habillés, sur leur siège. Ils ne se déchaussent pas de huit jours. Ils ne sont pas moins harcelés de mouches et de poux que les fantassins des tranchées. De fréquentes pannes immobilisent les engins: alors, on se met à dix, vingt, trente, pour arriver à pousser sur le bas-côté de la route le camion qui rend l'âme. Pourtant, de Bar-le-Duc ou de la gare de Baudonvilliers à Verdun - on part aussi de Baudonvilliers pour éviter un engorgement total à Bar-le-Duc - on peut dire que le trafic, aller comme retour, n'a pas de trêve

 

Latil TAR de 1915

Type de camion le plus utilisé durant cette épopée :

 

Renault EP et GZ TSF,

Berliet CBA de 1913,

Latil TAR de 1915.

 

    CBA et le EP furent les plus utilisés sur tous les fronts, en particulier durant l'époque de la Voie Sacré à Verdun de février à décembre 1916

"A raison de six mille véhicules par vingt-quatre heures, camions, mais aussi voitures-ambulances, camionnettes du courrier, engins du génie, de l'artillerie, de l'aviation, automobiles de liaison d'état-major."

 (Verdun - Ce jour-là , le 24 Octobre 1916 - Arthur Conte 1987)

 

 

Le tourniquet

Le tourniquet, c'était là au croisement, c'était là qu'on descendait des camions. On ne double plus. Aucun véhicule aller ne peut rouler sur la ligne retour. Strictement interdit. Mais elle a été élargie à sept mètres depuis plus d'un an. Pétain y fait régner une discipline draconienne. Les gendarmes ont les consignes les plus sévères pour la faire respecter. Tout véhicule en panne doit, s'il encombre, être au besoin balancé dans le fossé. trente dépanneuses sont en service pour réparer ou ramener aux garages les éclopés. Ainsi ce qu'on appelle la « noria », a t'elle un rythme ininterrompu, autant pour amener le matériel que des troupes fraîches et ramener les troupes relevées.

Tout arrive par chemin de fer dons la région de Revigny, Bar-le-Duc et surtout à la gare de Baudonvillers, au sud de Bar, point de départ de cette route qui s’étend sur 15km jusqu’au carrefour du Moulin-Brûlé.

 

 

 

Les camions de la voie Sacrée auront parcouru un million de kilomètres par semaines, vingt cinq fois le tour de la Terre. Les chauffeurs sont de grands professionnels, des virtuoses - mais n'oublient pas de sourires. Témoins leurs portières illustrées de toutes sortes d'inscriptions et de dessins spirituels: le Cygne, l'Anti-Fritz, le Trèfle à quatre feuilles, l'Increvable, la Bête à Bon Dieu, le Coq, Ambulant, les As, l'Alsacien, le Zèbre, le Chameau, la Fourmi, la Comète,  l'Astre, l'Optimiste, Au-Lit-on-baise…

 

 

"Et il faut rouler ou réparer par tous les temps  - pluie, orage, gel ,neige. Et il faut être des artistes pour se dégager des embouteillages de Verdun-ville. Et bougrement humains pour convoyer les grands blessés le plus souplement possible.

La Voie Sacrée aura vraiment, elle aussi, beaucoup servi la victoire."

(Verdun - Ce jour-là, le 24 Octobre 1916 - Arthur Conte 1987)

 

 

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La dernière mise à jour de ce site date du 03-janv.-2011