YORKTOWN

(Bataille de), 28 septembre-19 octobre 1781.

Guerre d'Indépendance américaine, États-Unis, Virginie.

 

En juillet 1780, la guerre d'Indépendance américaine dure depuis cinq ans lorsque Rochambeau débarque à Newport avec un corps expéditionnaire de plus de 5 000 hommes. Quoique placé sous les ordres de Washington, il refuse de participer à toute opération qu'il jugerait aventureuse.

En 1781, les combats se poursuivent dans le Sud, menés par le général anglais Cornwallis, que La Fayette tente d'intercepter sans succès alors qu'il remonte au nord, vers l'embouchure de la Chesapeake. Cornwallis vient de recevoir l'ordre de regagner New York et choisit la ville de Yorktown pour y attendre l'escadre à bord de laquelle ses 8 000 hommes doivent embarquer. Le 14 août 1781, une dépêche apprend à Washington et Rochambeau l'arrivée imminente de l'escadre de l'amiral de Grasse sur les côtes américaines. Tenus au courant de la position de Cornwallis, ils prennent conscience que s'offre à eux l'occasion d'empêcher son évacuation. Ils font donc savoir à de Grasse qu'ils vont marcher au sud et le prient d'interdire l'accès de la baie de Chesapeake à la flotte de secours britannique. Le 30 août, Cornwallis a la mauvaise surprise de voir arriver, au lieu des bateaux attendus, une forte escadre française. Américains et Français marchent depuis déjà treize jours vers lui et s'apprêtent à entrer dans Philadelphie, où les Français sont ovationnés par la foule le 4 septembre. Le lendemain, de Grasse repousse l'amiral Graves qui tente de forcer le blocus. Le 28 septembre, Américains et Français arrivent devant la ville. Conformément aux règles de préséance, les Français cèdent la place d'honneur aux Américains, qui s'installent donc à droite. Les Américains alignent 11 000 hommes dont 3 000 miliciens, les Français près de 9 000, car aux soldats de Rochambeau s'ajoutent des régiments de marine convoyés par de Grasse.

 

         

 

 

Cornwallis n'a pas attendu leur arrivée pour fortifier la ville. Dix redoutes au total sont reliées par des tranchées et garnies d'artillerie. Il a également fait fortifier Gloucester Point, situé sur l'autre rive de la Chesapeake, avec lequel il est en contact via deux frégates, et dont il a confié la défense à Tarleton. Ce point est crucial car c'est par là que passe le ravitaillement des Britanniques. Le 3 octobre, la marine française y débarque des troupes, ce qui force Tarleton à s'y retrancher. Les lignes de communications des Britanniques sont désormais coupées. Américains et Français investissent méthodiquement la place, à peine gênés par le tir de l'artillerie britannique. La pluie qui s'abat sur la région a détrempé le sol et les assiégeants n'ont aucun mal à effectuer leurs travaux de terrassement, consistant à creuser des parallèles pour se rapprocher des fortifications britanniques. C'est chose faite le 8 octobre. Le lendemain, l'artillerie s'installe et, vers 15 h, le premier boulet français est tiré sur la ville. Les Américains ouvrent le feu vers 17 h et les tirs français mettent bientôt le feu à la frégate Charon, qui coule ; Cornwallis ne dispose plus que d'une seule frégate. Le pilonnage va en s'intensifiant et, le 11, l'artillerie britannique est réduite au silence, ce qui permet aux alliés de creuser la deuxième parallèle.

Le 14 octobre, une attaque de nuit permet aux Français et aux Américains de capturer les redoutes 9 et 10. Le surlendemain, les Anglais tentent une sortie pour clouer les pièces d'artillerie, sans succès. L'artillerie ennemie tirant à toute volée sur la ville, Cornwallis comprend qu'il ne peut plus tenir et, dans la nuit du 16 au 17 octobre, décide l'évacuation vers Gloucester Point avec les survivants. Mais une tempête interrompt l'opération. La dysenterie fait des ravages parmi ses hommes, démoralisés et sous-alimentés. Sans nouvelles de la flotte de secours, Cornwallis décide de capituler. Le 19 octobre, vers 16 h, l'armée anglaise défile entre les armées française et américaine. Cornwallis étant souffrant, c'est un de ses subordonnés qui porte son sabre et tente de le remettre à Rochambeau, mais les Français dirigent l'officier vers Washington, tandis que les Britanniques déposent les armes. Bien que nul n'en ait alors conscience, la guerre d'Indépendance américaine est, dans les faits, terminée.