VII - LE 33e REGIMENT D'INFANTERIE

 

Le 13 mars 1871 le ministre décide la fusion au sein du 33e R.I.. du 33e régiment de ligne et du 33e régiment de marche. Commandé par le colonel Strolz ce régiment s'installera à Arras et appartiendra à la 3e brigade de la 2e division de Lille.

L'état-major et 5 bataillons s’établissent, comme autrefois, au Quartier de l'Esplanade tandis que le quatrième bataillon occupe le quartier Héronval.

Début 1876 un bataillon est envoyé tenir garnison à Douai.

Ce détachement durera vingt quatre ans et sera fourni à tour de rôle par les différents bataillons qui se relèveront tous les trois ans.

Quelques mois plus tard le 33e R.I. refait connaissance avec le camp d’Helfaut à l’occasion des grandes manœuvres annuelles prescrites par le ministre en vue de parfaire et de compléter l'instruction.

Le 14 juillet 1880, au cours de la revue de Longchamp le régiment reçoit son nouveau drapeau sur la soie duquel sont portées en lettres d'or les inscriptions suivantes :

 

Austerlitz 1805                                                   la Moskowa 1812

Wagram 1809                                                    Melegnano 1859

 

Par décision ministérielle du 30 août 1881, le 4e bataillon est désigné pour l'expédition de Tunisie. Quinze Officiers et 300 hommes quittent Douai le 4 septembre à destination du Camp de Sathonay où il constitue avec les quatrièmes bataillons des 43e et 110e R.I., le 1er régiment de la 6e brigade de renfort (Général Philebert).

Embarqué à Toulon le 10 septembre, le régiment débarque à La Goulette le 13. Après quelques jours au camp de Kéredine et à Carthage, il se met en route le 28 septembre vers El Mehedia.

Le bataillon du 33e R.I. effectue tout d'abord la liaison entre les 5e et 6e brigades puis il participe à la  couverture de la colonne Logerot qui se dirige sur Gabés. Revenu à Kairouan il assure la sécurité et la protection des convois dans le triangle Kairouan – Sfax - Gafsa puis il vient tenir garnison dans cette dernière ville à partir du 13 octobre 1882.

Désigné pour l'opération contre les dissidents réfugiés en Tripolitaine il embarque le 8 décembre à Sfax, débarque le 12 à Zarzis. Il bat et rebat la zone frontière et parvient le 1er janvier 1883 à Bir el Hameur et Ksar-Metameur où il effectue sa jonction avec la colonne Laroque.

Il se sépare de celle-ci le 5 janvier et par Maret, Ketena, Gabés, Oudereff rejoint Skira où il embarque le 17 pour regagner Sfax puis Gafsa.

Embarqué à Sfax le 6 juin le bataillon rentre à Arras le 29 juin 1883.

En 1910 le bataillon détaché de Douai rejoint définitivement la portion centrale. Le régiment est chargé de mobiliser le 233e R.I. et le 5e régiment Territorial. Des convocations annuelles à l'occasion des grandes manœuvres permettent d'entretenir l'instruction des réservistes. En octobre 1912 le sous-lieutenant de Gaulle sortant de St Cyr est affecté à la 9e compagnie dans laquelle il a effectué son stage avant de rejoindre l'école.

Le 27 juillet 1914 le 33e R.I. rentre de Sissonne où il était en manœuvres La mobilisation générale et la déclaration de guerre vont le surprendre en plein travail d'entretien de ses matériels et il va devoir partir en campagne sans même avoir eu le temps de réviser ses mitrailleuses.

Durant cette période qui sépara  les deux guerres franco-allemandes, le 33e R.I. a été commandé par :

 

1871 - colonel Strolz                                                  1900 - colonel d'Or

1877 - colonel Adeler                                                 1905 - colonel Souchiez

1887 - colonel Wasmer                                               1907 - colonel Collas-) 908 Cel

1889 - colonel Courbassier                                          1908 - colonel Schwartz

1892 - colonel Belle                                                   1911 - colonel Pétain

1895 - colonel, de Billy                                               1914 - Lt-colonel Stirn

 

La guerre 1914-1918

Le 33e R.I. quitte ses quartiers arrageois dans la nuit du 4 au 5 août 1914 et se dirige vers la frontière franco-belge qu'il franchit dans la région d'Hirson le 13.

Commandé par le lieutenant-colonel Stirn, il a pour commandant en second le lieutenant-colonel Grandjean. Le capitaine Badel est son capitaine-adjudant-major. Ses bataillons sont respectivement placés sous les ordres des Chefs de bataillon Hubert (1er), Cary (2e) et Grasse (3e).

Le 33e entre dans la composition de la 3e brigade (Général Duplessis) de la 2ème division.

Parvenu à Dinant le 14, il y reçoit le lendemain la mission d'interdire le passage de la Meuse aux troupes allemandes. Toute la journée la bataille fait rage. Sans soutien d'artillerie jusqu'à midi, ne disposant que de 2 mitrailleuses usagées par bataillon contre 6 chez 1'adversaire de même échelon, le 33e R.I. reçoit le baptême du feu au prix de très lourdes pertes : près de 1200 tués ou blessés dont le capitaine Carton tué, le capitaine Bataille et le lieutenant de Gaulle blessés. Mais il a rempli la mission dont il était chargé, il a même repris la citadelle qu'il avait dû abandonner dans la matinée.

Dans la nuit, sur ordre du commandement, il se replie sur les Ardennes afin de se réorganiser. Le 30 août, au cours de la retraite générale, il ralentit, par une vigoureuse contre-attaque menée à hauteur de Sains-Richaumont, la progression de l'envahisseur.

Le 6 septembre il participe à la bataille de la Marne puis à la défense de Reims à partir du 11. Le mois suivant il est en Champagne où il va rester durant l'hiver et ce sont en novembre les combats de Pontavert, en décembre l'attaque de la Tranchée Brune et en février 1915 l'offensive devant Mesnil les Hurlus.

En mars il se trouve dans la plaine de Woëvre et prend part aux opérations de Braquis, Marbotte et du bois d'Ailly.

Le 11 mai, à la veille de la fin de cette dernière offensive, le colonel Stirn quitte le 33e R.I., pour prendre le commandement de la 77e division d'Infanterie Alpine du général Barbot tué la veille à la tête de ses hommes devant Souchez (Le lendemain 12 Mai, un violent bombardement d'artillerie s'abat sur le secteur de Souchez-Lorette. Le général Stirn qui, dans son P.C., est en train d'étudier la carte de son nouveau secteur, est mortellement atteint par un éclat d'obus sous les yeux de son état-major.). Son successeur, le colonel Boudhors, emmène le régiment au repos pour quelques jours dans l'Aisne.

Chargé du secteur de la Ville-au-Bois à partir du mois d'août, le 33e participe aux combats de Berry-au-Bac en septembre puis revient dans son secteur jusqu'au 23 février 19l6.

Commence alors la grande épopée de Verdun, le régiment chargé de la défense du village de Douaumont se bat héroïquement pendant 15 jours, se faisant hacher sur place plutôt que de se laisser entamer par 1'ennemi.

Après quelques jours de repos et renfort de troupes fraîches il assure d'avril à août la défense du secteur de Vendresse.

En septembre lors de l'offensive de la Somme, Combles ajoute un nouveau fleuron à la gloire du 33e R.I. Puis, par une série de coups de main menés durant l'hiver dans le secteur de Beauséjour en Champagne, le régiment montre à l'ennemi qu'il n'a rien perdu de ces capacités guerrières et que son mordant est toujours intact. Le lieutenant-colonel Partiot succède au colonel Boudhors juste à temps pour emmener le régiment dans l'offensive de Craonne, au cours de laquelle le 33e R.I. s'illustre à nouveau au Chemin des Dames et au Plateau de Vauclerc (février-avril 1917). Quelques jours de repos et d’instruction au Camp de Mailly et l'offensive des Flandres se déclenche à partir de juillet.

Rassemblé le long du canal de l'Yser, qui sépara pendant si longtemps et parfois sur 8 mètres à peine de large les armées opposées, le 33ème reçoit la mission d’enfoncer les lignes adverses et d'atteindre, si possible, Bixschoote. Le canal est franchi dans la nuit du 30 juillet sur de légères, passerelles souvent coupées par l’artillerie. Le régiment s'élance à l'assaut dès l'aube sur cette terre limoneuse qui semble vouloir happer à chaque pas ceux qui la foulent. Malgré le chaos créé par les obus la progression est rapide et les officiers doivent réfréner l'ardeur de leurs hommes pour les maintenir en arrière et à l'abri du barrage roulant qui les accompagne. Les tranchées ennemies sont rapidement enlevées et Bixschoote est emportée pour midi et définitivement tenue malgré une série de  contre-attaques ennemies.

Par ordre général N° 33 bis en date du l6 août 1917 du général commandant la 1ère Armée, sur décision du général commandant en chef, le 33e R.I. reçoit sa première citation à l'ordre de l'Armée :

"Après avoir fait preuve à Verdun, dans la Somme, au plateau de Vauclerc d'autant d'ardent courage, que d'invincible ténacité, vient le 31 juillet 1917 » sous le commandement du lieutenant-colonel Partiot, de conquérir de haute lutte et d'un seul élan la triple ligne de tranchées puissamment organisées qui formait son objectif. L'a dépassé dans un mouvement irrésistible et s'est emparé du village fortifié de Bixschoote constituant pour l'ennemi un point d'appui d'une importance considérable".

Le régiment reste sur le front des Flandres jusqu'en décembre et passe sous le commandement du lieutenant-colonel Wendling. Début 1918, on le trouve dans le secteur de Juvincourt où il s'efforce de contenir la pression ennemie, puis en mars-avril dans celui de la Ville-au-Bois dont il est retiré pour gagner la région de Beauvais en vue d'une contre-attaque en direction d'Amiens. Mais c'est justement l'heure de la poussée allemande en direction de Soissons et de la Marne. Ramené en camions automobiles aux abords de Soissons, le 33e R.I. est engagé sur le Chemin des Dames du 31 mai au 4 juin puis à Laversines et Cutry

Grâce à son esprit de sacrifice il arrête la progression des Allemands qui ne peuvent percer nos lignes. Reformé sur place durant le déroulement des combats, accablé sous les coups d'un bombardement d'une rare violence, le 33e R.I. se fait tailler en pièces mais, il ne plie pas et effectue un véritable carnage dans les rangs des assaillants. Sauvés à grand peine, quelques débris rallient les dernières réserves qui rassemblent même les employés, et parviennent à stopper l'ennemi épuisé.

Cette conduite héroïque est sanctionnée par une seconde citation à l'ordre de l'Armée :

"Régiment d'élite dont les éléments, sous le commandement du lieutenant-colonel Wendling ont rivalisé du 31 mai au 4 juin d’esprit de sacrifice dans une lutte pied à pied allant jusqu'au corps à corps. A réussi à briser les efforts désespérés de l'ennemi pour percer notre ligne et à l'arrêter dans sa progression.

"Engagé à nouveau a tenu tête le 12 juin à une attaque des plus violentes, infligeant de lourdes pertes à un ennemi très supérieur en nombre et réussissant, dans un combat acharné à l'empêcher d'aborder notre position principale. (Décision du général Cdt en chef du 31.8.1918).

Après un passage à Dormans les 14 et 15 juillet, le régiment part se reformer une nouvelle fois en Haute Alsace dans le secteur de Rechesy.

Sous le commandement du lieutenant-colonel Prunaux-Cazer, il se trouve début novembre en Avesnois en Thiérache en avant-garde de la division. Le 9 novembre il borde la frontière franco-belge dans la région de Trélon à quelque vingt kilomètres de son point de départ quatre ans plus tôt.

Poursuivant l'ennemi en retraite il franchit la frontière le 11 novembre à 5 heures 15. La sonnerie du "Cessez le feu", à 11 heures, le trouve entre Macon et Chimay.

Le 30 décembre à Sarreguemines le Maréchal Pétain , son ancien chef de corps, décore son drapeau de la fourragère aux couleurs de la Croix de Guerre.

Le 33e R.I. rentre à Arras le 11 mars 1919, follement acclamé par la population au cours de son défilé sur la Grand'Place. La Municipalité offre un vin d'honneur à tous les officiers et sous-officiers.

Le martyrologe du régiment est éloquent : selon une évaluation effectuée en 1920, ses pertes s'élèvent à 75 officiers, 220 sous-officiers et 2.280 hommes de troupe. Il convient d'y ajouter le nombre des disparus identifiés par la suite soit 15 officiers, 2 sous-officiers et 611 soldats. Pour sa part le 233e R.I., régiment dérivé mis sur pied par le 33e R.I. compte 54 officiers, 129 sous-officiers et 1.581 hommes de troupe morts ou disparus.

Le 33ème se réinstalle dans ses anciens quartiers mais, à la suite de la réorganisation de l'armée, consécutive au retour du temps de paix, il est dissous le 1er janvier 1925.

Les opérations de dissolution sont dirigées par le chef de bataillon Harduin de Grosville assisté du chef de bataillon Cary et le 10 avril les reliquats sont affectés au 3e bataillon du 43e R.I. Le 1er régiment d'infanterie reprend les traditions du 33e R.I.

Quatre ans plus tard, une décision Ministérielle en date du 24 décembre 1927 y ajoute au drapeau du 33e R.I. déposé aux Invalides, les inscriptions suivantes :

            VERDUN       1916

            FLANDRES    1917

            L'AISNE       1918

Titulaire de la Croix de guerre 1914-1918 avec deux palmes, de la Fourragère de la Croix de Guerre 1914-1918, le drapeau du 33e R.I. est aussi décoré de la Médaille d’or de Milan en souvenir du combat de Melegnano.

 

 

 Précédente Suivante

 

 

 

 

Quartier de l'esplanade

(appelée ensuite Caserne Schramm)

 

Quartier Héronval (appelé ensuite Caserne Levis)

 

1914 -Manoeuvre du 33e RI à Sissonne

 

les tranchées du secteur de la ville-au-Bois (Berry-au-Bac)

 

Le marmitage des tranchées commence à Verdun dans le secteur de Douaumont

 

Mars 1916 - Résultat du bombardement intense du fort et du village de Douaumont (Le village détruit est à peine visible en haut de la photo au bout de la tranchée en zig-zag

Plan et photos servant à la préparation de la mission d’enfoncer les lignes adverses et d'atteindre Bixschoote. lors de la bataille de l'Yser

 

Cognac 1919 Embarquement du 33e RI pour Arras