V – Les Bataillons de Marche du 33e de Ligne

 

Place sous l'autorité du Major, le commandant Marchand, le dépôt demeuré à Arras met sur pied le 4e bataillon à 4 compagnies qui est dirigé le 14 août sur le Camp de Chalons pour être incorporé au 2e Régiment de marche.

Au cours du mois suivant trois nouvelles compagnies, sont envoyées aux 31e, 34e et 37e régiments de marche.

En octobre, quatre compagnies de dépôt sont créées tandis que sur ordre du commandant d'armes, le général Chargère, trois cents têtes de bétail sont rassemblées dans les écuries des casernes, en prévision d'un siège éventuel.

 

Le 15 novembre le 1er Bataillon de marché du 33e est créé.

Sous le commandement du chef de bataillon Zede il comprend les quatre compagnies de dépôt (lieutenant Dumas, capitaine Petit, capitaine Labrie, lieutenant Sicre) et la 5e compagnie du 4e bataillon du capitaine Audibert.

Le Bataillon quitte Arras le 24 novembre par voie ferrée à destination de Longeau où il rejoint le 22e corps de l'Armée du Nord dont le commandement vient d'être confié au général Faidherbe. Il est affecté au 2e Régiment de marche, de la 1ère Brigade de la 1ère Division. Son commandant de brigade est le colonel Derroja, ancien chef de Corps du 33e, évadé de Metz.

C'est à Boves que le 27 novembre le bataillon rencontre l'ennemi. Il le contient pendant deux heures puis, sur ordre, se replie, à travers les marais, en direction d'Amiens.

Le surlendemain il rejoint la citadelle d'Arras, Une dizaine de jours durant lesquels le bataillon est mis à la disposition de la défense de la ville, se passent à remettre un peu d'ordre dans les unités quelque peu désorganisées par le combat.

Le commandant Zede est nommé aux fonctions de chef d'Etat-Major de Division. C'est donc sous le commandement provisoire du capitaine Audibert que le bataillon gagne par voie ferrée la gare d'Achiet-le-Grand. Débarqué, il va réoccuper Albert abandonnée par l'ennemi puis rejoint à Péronne le 67e régiment de marche de la Division Paulze d'Ivoy.

Le 17 décembre, réorganisée en deux corps d'armée (20e, et 22e ), 1'armée du Nord est concentrée dans la vallée de l'Hallue, au nord-est d'Amiens. Elle y est attaquée le 23 par l'armée de Manteuffel. Après un léger fléchissement initial, les jeunes troupes reprennent rapidement confiance et rejettent l'ennemi sur ses bases de départ. Au cours de cette bataille, le bataillon du 33, renforcé d'une section de la compagnie de dépôt du 3e génie, défend les villages de Querrieux et de Pont-Noyelles au prix de 11 tués - 31 blessés et 85 disparus dont 58 prisonniers. Parmi ceux-ci, le capitaine Audibert, victime d'une méprise. Le Capitaine Dumas prend le commandement provisoire des 550 hommes restants.

Estimant ne pas pouvoir demander un nouvel effort à des hommes peu aguerris, le général Faidherbe ordonne le repli sur Arras. L'ennemi suit le mouvement à distance et en profite pour mettre le siège devant Péronne.

Le 25 décembre, le bataillon se trouve au Hameau des Essarts près de Bucquoy. Il y accueille son nouveau commandant, le chef de bataillon d'Augustin de Bourguisson qui l'emmène le lendemain à Willerval, au nord-est d'Arras.

Mais la menace ennemie sur la capitale de l'Artois se précisa. Avant de se replier sur Dunkerque, le Dépôt forme le 28 décembre un second bataillon de marche qui comprend, sous le commandement du capitaine puis du commandant Lambert, les 7e, 8e, 9e et 10e compagnies de dépôt (lieutenant Couvril, capitaine Lambert, capitaine Bourger, lieutenant Didier) ainsi qu'une 11ème compagnie provenant du 91e (Lieutenant Alepée). Il est affecté au 70e régiment de marche de la brigade de Gislain de la 2e division du Bessol (22e Corps) qu'il rejoint à Achicourt le 1er janvier 1871 tandis que le premier bataillon gagne à Tilloy-les-Mofflaines le 72e régiment de marche (commandant Rameaux) de la brigade Delagrange de la 1ère division Payen (23e Corps).

Dans le dessein de porter secours aux assiégés de Péronne, le Général Faidherbe se met en marche le 2 janvier en direction de Bapaume où sont en position les éléments ennemis qui couvrent le siège de Péronne.

Le premier bataillon s'avance par la route nationale jusqu'à Ervillers, tandis que le 2ème bataillon emprunte la route de Bucquoy.

Les premiers éléments de la Division Payen se heurtent à une violente résistance à Behagnies et Sapignies mais le lendemain, 3 janvier, le premier bataillon s'empare de Favreuil et Beugnatre. Dans le même temps le 2ème bataillon s'avance jusqu'aux faubourgs de Bapaume mais devant le retour en force de l'ennemi il doit se replier.

 

Après ces deux jours de combat la désorganisation des unités est telle qu'il n'est pas possible de poursuivre l'effort et d'exploiter les résultats acquis. L'armée du Nord se replie sur la Cojeul afin d'y prendre quelques jours de repos.

 

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Les bataillons se reconstituent et comblent leurs pertes grâce à des renforts envoyés par le dépôt.

Faidherbe se remet en route le 10 janvier en direction de Péronne mais il s'attarde devant Bapaume que, sur la foi de renseignements erronés, il croit à tort solidement défendue (Bataille de Bapaume). Or, Péronne s'est rendue le 9 janvier et ce n'est que le 12 que la nouvelle en parvient au commandant en chef.

L'Armée du Nord se dirige alors vers Amiens. Les premiers éléments approchent déjà de l’Hallue lorsque Faidherbe reçoit un télégramme du Délégué à la Guerre, de Freycinet. Celui-ci 1'informe, de la prochaine tentative de sortie vers le Nord de la garnison de Paris assiégée elle aussi, et lui enjoint de faire tout ce qui lui sera possible pour attirer à lui une partie des troupes qui bloquent la capitale.

Le passage par Amiens s'avérant impossible, Faidherbe décide de se diriger à marche forcée vers Saint-Quentin et l’Oise afin de prévenir une intervention possible de l'armée Von Goeben. La contre-marche débute le lendemain 17 janvier ; hélas un épais verglas recouvre les routes défoncées et entrave considérablement les mouvements qui sont rapidement décelés par les Allemands. Mais grâce à l'héroïque résistance des deux bataillons à Poeuilly et à Vermand, l'Armée du Nord épuisée et quasi totalement démunie de tout se retrouve le 18 soir autour de Saint-Quentin, étirée sur des positions précaires de part et d'autre de la Somme. Von Goeben déclenche l'assaut à l'aube du 19.

Toute la journée les bataillons du 33e se défendent avec acharnement contre un ennemi bien supérieur en nombre. Dallon - Contescourt - Castres - Giffecourt - Oestre - Rocourt, villages qui entourent au Sud-Ouest de la ville la croupe du Moulin à Tout Vent où est installée une rare batterie d'artillerie, ne sont abandonnés les uns après les autres que lorsqu'ils sont menacés d'encerclement. En fin de journée les reliquats des deux bataillons sont adossés aux portes de St Quentin et la nuit tombée ils doivent décrocher pour rejoindre l'Armée du Nord en retraite vers Cambrai et éviter ainsi la captivité.

La signature de l'armistice, le 31 janvier, met un terme à leurs souffrances.

Reconstitué à Cambrai début février, le 1er Bataillon embarque avec le 22e Corps à Dunkerque à destination de Cherbourg où une nouvelle armée est en formation.

Mais la signature de la paix ramène le bataillon à Arras où le Dépôt est rentré le 6 mars.

 

 

 

 

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Le général Faidherbe commandant l'armée du Nord lors de la bataille de Bapaume 

(extrait du tableau panoramique de Charles Édouard Armand-Dumaresq)

 

Faidherbe (1818-1889)

 

Lignard du 33ème RI

 

Bataille de St Quentin 19 Janvier 1871