IV - Le 33ème régiment d’infanterie

 

La Restauration qui veut effacer tout souvenir de l'Empire va jusqu'à supprimer les numéros des régiments et les remplace par des légions.

C'est ainsi qu'est créée le l6 avril 1816 à Clermont la Légion du Puy de Dôme à 3 bataillons-formés partie d'anciens de la Grande Armée, partie de jeunes engagés volontaires.

Dirigée dès le mois de septembre sur Lons le Saunier, elle cantonne à Besançon à partir du 27 novembre 1817 et à Grenoble l'année suivante. Elle arrive finalement à Toulon en février 1820.

Le 28 décembre 1820, elle reprend l'appellation et les traditions du 33e Régiment d'Infanterie. Après un séjour à Ajaccio, l'Etat-major et le 1er Bataillon reviennent s'installer à Aix, le 24 août 1822.

Le 28 mars 1823, le régiment au complet revient a Toulon mais deux mois plus tard il part à Grenoble

Désigné le 15 juin 1823 pour la campagne d'Espagne, il gagne la péninsule ibérique par Valence - Nîmes - Montpellier - Carcassonne - Toulouse - Pau - Peyrehorade et Bayonne. Tandis que le dépôt s'établit à Montauban, le régiment, fort de 73 Officiers et 1265 hommes, franchit la frontière le 27 juillet à Irun.

Les 1er et 2e Bataillons arrivés sous Pampelune le 10 août y sont rejoints par le 3e Bataillon le 25 août. Après avoir enlevé le 2 septembre, avec une grande intrépidité, un poste extérieur de la forteresse, la moitié du régiment travaille pendant plusieurs jours aux travaux de siège, (creusement de tranchées).

La ville capitule le 16 septembre. Le Régiment se dirige alors en Catalogne vers Saragosse et Lerida. Puis par Barcelone, Girones et Figuieres il rentre, en France où il parvient le 30 décembre.

Courant janvier 1824, tandis, que le 1er Bataillon s'installe à Foix, le 2e et le 3e s'établissent à Toulouse. Mais un an plus tard, le 19 février 1825, le 33e R.I. se regroupe au complet à Paris.

L’année suivante, le 26 avril 1826,il vient tenir garnison à Douai d'où il gagnera la Lorraine au printemps 1828. Un instant séparé et caserné à Longwy le 1er Bataillon rejoint le reste du régiment à Thionville le 6 novembre 1828.

Après la chute de Charles X et l'avènement du roi Louis-Philippe, le régiment va s'établir à Sedan le 10 décembre 1830.

Ce n'est qu'un passage éphémère car, le 16 juillet 1831, les 3 bataillons sont mis sur pied de guerre. Chaque 6e compagnie devient compagnie de dépôt et ne conservant que ses cadres récupère tous les malingres et les indisponibles de son bataillon. Le régiment est en effet affecté à la 2e Brigade de la 1ère Division de l'Armée du Nord envoyée, sous le commandement du Lieutenant-Général Barrois, au secours du nouveau roi des Belges, Léopold 1er menacé par l'armée du Prince d'Orange.

Le 33e R.I. entre en Belgique le 10 août et se dirige vers Anvers assiégée par les Hollandais. Mais ceux-ci, avertis de l'approche des troupes françaises se retirent aussitôt. Le régiment reste quelques mois en Belgique puis revient s'installer à St Omer le 11 janvier 1832.

Ce séjour audomarois est, lui aussi, de courte durée : en effet à l'appel de la Duchesse du Berry, la Bretagne s'est soulevée contre le nouveau Roi des Français et se trouve le théâtre d'une importante activité subversive orchestrée par de nombreuses bandes légitimistes.

Tandis que le 4ème Bataillon formant dépôt, demeure provisoirement à St Omer, les trois autres bataillons gagnent Alençon puis vont occuper Fougères - Vitré et Laguerche. Battant constamment la campagne, à la poursuite des bandes insurgées, le régiment, grâce au zèle et l'activité de tous, récupère en trois mois 1.100 fusils et arrête de nombreux réfractaires dont un chef de bande.

Le 4e Bataillon arrivé depuis quelques temps déjà à Saint-Malo rejoint le régiment en novembre. Celui-ci est alors partagé en deux éléments : le premier, cantonné à Redon, est chargé de la surveillance de l'Ile et Vilaine, le second effectue la même mission dans les Côtes du Nord à partir de Saint-Brieux : 1200 hommes répartis en 65 détachements sillonnent sans arrêt les deux départements malgré les rigueurs de l'hiver et les privations de tous genres.

La pacification peut être considérée: comme acquise fin août 1833. Le 4e Bataillon est alors réduit à 4 compagnies qui seront d'ailleurs dissoutes en Mars 1834.

Mais le régiment reste sur place : alors que les 2e et 3e bataillons restent groupés respectivement à Rennes et St-Malo, le premier est disséminé entre Rennes, Fougères, St-Meen, Montauban, Redon, Fougeray et Loudéac. Ils y demeurent jusqu’en 1836.

Après un séjour au Camp de Compiègne où ils arrivent le l6 août, courant octobre le 1er Bataillon s'installe à Cambrai et le 2e à Douai. Le 3e Bataillon rejoint directement Douai le 5 novembre.

En 1837 nouveau déménagement : Valenciennes accueille l'Etat-major du Régiment et les deux premiers bataillons ; le 3e est partagé entre Condé - Cambrai et Bouchain. En juillet de l'année suivante Paris devient la garnison du 33e R.I., à l’exception du 3e Bataillon qui stationne pendant un an à Soissons avant de rallier la Capitale le 16 juillet 1839.

C'est à Lyon où il est caserné depuis le 2 mai 1840, que le régiment apprend sa désignation pour la campagne d’Afrique.

Le 25 août 1841, 1'Etat-Major, les 1e et 2e Bataillons embarquent à Toulon pour débarquer le 30 à Alger. Ce fut une époque de marche rapide , de surprises, de razzias. Le régiment, alors sous les ordres du colonel Camou, se comporta vaillamment dans de nombreux engagements. Il prit part aux nombreuses colonnes nécessitées par la soumission des Arabes. Ils séjournent successivement à Alger, Delly-Ibrahim, Blida, Douera et BouFarik où les rejoint le 3e Bataillon le 2 Avril 1842.

Le régiment gagne ensuite Medea d'où il va rayonner à travers tout le Titeri au cours de nombreuses opérations. Le 3ème bataillon fit partie de l’expédition qui, sous les ordres du duc d’Aumale, dispersa la Smalah d’Abd-el-Kader, le 16 Mai 1843. Il captura 12000 prisonniers et razzia 26000 moutons et 100 chameaux après une marche forcée de 24 lieues - (96 km) en 36 heures sans eau. Il participa également aux colonnes organisées pour lutter contre Laghouat, la Kabylie, les Ouled Nails.

Prise de la smalah d'Abd-El-Kader à_Taguin (16 mai 1843) Tableau d'Horace Vernet

Entre temps, le 33e participe à l’œuvre de pacification du Maréchal Bugeaud en construisant des routes, notamment, la route des gorges de La Chiffa.

En février 1848, il quitte le Titeri pour revenir à Alger où il ne demeure que peu de temps, car il participe en mai à une expédition punitive contre les tribus Kabyles qui se sont soulevées dans la région de Bougie.

Peu après son retour d'opérations il embarque à destination de la métropole et après débarquement à Toulon le 14 juillet 1848 le régiment s'installe à Aix et Marseille.

II ne va pas rester longtemps inactif : le 22 avril 1849 il s'embarque pour l'Italie. Débarqué le 25 à Civita-Vecchia, il prend, sous les ordres du Général Morlière, une part très importante à l'expédition de Rome qui lui occasionne des pertes sensibles. Puis une brève occupation de Tivoli et de Rome il rentre le 21 mars 1850 à Marseille d'où il est transféré à Lyon le 7 juin 1850

Paris l'accueille de nouveau en octobre 1851, mais après la proclamation de l'Empire il rejoint Nancy le 17 octobre 1853.

Après un séjour de 18 mois au Camp d'Helfaut près de Saint-Omer, les deux premiers bataillons embarquent pour la Crimée fin octobre 1855. Mais, retardés par des cas de choléra à bord, ils ne débarquent qu'un mois plus tard à Kamiesch. Le 3e Bataillon les rejoint à Traktir dans la seconde quinzaine de décembre.

Ils y établissent leur camp par un temps épouvantable. Fort heureusement l'entraînement reçu à Helfaut a bien aguerri les hommes, ce qui leur permet de bien résister aux intempéries,

Mais hélas les opérations sont terminées et le régiment ne participe à aucune affaire importante.

II réembarque le 5 juillet 1856 et à partir du 13 s'installe à Besançon L'année suivante il essaime dans le Jura à Montbéliard - Salins - Pontarlier et Fort du Jura.

Marseille le voit revenir le 29 octobre 1858 mais une fois encore pour un bref séjour. L'Empereur Napoléon III a en effet décidé de porter secours aux Piémontais menacés par les Autrichiens.

Le 33e R.I. reçoit l'ordre de former 4 bataillons dont 3 à l'effectif de guerre.

Après un rapide passage en Corse, il débarque à Gènes le 26 avril. Placé sous les ordres du Maréchal Baraguey d'Hilliers il combat dans le Piémont et le Milanais.

Aux lendemains de la bataille de Magenta, il s'illustre, le 8 juin 1859 à Melegnano contre l'arrière-garde autrichienne. Le 33e en première ligne, rivalisa d’ardeur et de courage avec le 3e Zouaves. Son drapeau transpercé par des projectiles courut un grand danger ; mais il fut vaillamment défendu par le sous lieutenant Bertrand et le caporal Trumeau. Cette campagne est souvent illustrée par le drapeau du 33e d'infanterie de ligne frappé par des projectiles au combat, par un officier d'infanterie portant un shako du 33e de ligne et par un zouave, troupe dont la célébrité devint légendaire à la suite des campagnes de Crimée et d'Italie. Les pertes sont très lourdes : 16 Officiers et 98 soldats tués ou blessés dont le lieutenant-colonel Rey et le chef de bataillon Descubes.

 Chargé d'occuper la ville de Melegnano, le régiment ne participe pas à la bataille de Solferino. La paix signée, il stationne à Brescia avant de rentrer en France en avril 1860.

La Capitale lui sert de garnison jusqu'en avril 1862 date à laquelle il est envoyé à Caen.

Deux ans plus tard, le 25 mai 1864 il est au camp de Chalons d'où il gagne Strasbourg le 17 mai 1865. Il y reste 3 ans et le 4 mai 1868 revient au camp de Chalons tandis que le dépôt arrive à Arras en détachement précurseur. Il s'installe au Quartier de l'Esplanade où le rejoignent le 2 octobre le 1er et le 3e Bataillons.

Le 33e R.I. a enfin trouvé sa garnison définitive.

Le 20 juillet 1870 à 9 heures du soir, le régiment embarque en gare à destination de Thionville, point de concentration de la 1ère Brigade (Général Pujol) de la 3e Division (Général Lorencez) à laquelle il appartient. Musique comprise il compte 66 Officiers et 1240 hommes. Parvenu à destination le lendemain soir il s'installe dès le 23 matin dans le secteur de Bouzonville-Kedange, au nord-est de Metz.

Après quelques jours passés en marches, contre-marches, et reconnaissances dans ce secteur frontalier, le régiment reçoit dans l'après-midi du 8 août l'ordre de se replier sur Metz. Le Général Bazaine chargé de la défense du camp retranché a en effet décidé de resserrer son dispositif. Le 4e Corps (Général Ladmirault) dont fait partie la 3e Division s'implante au nord de la ville.

Devant la pression prussienne le Général en chef décide de replier une partie de ses troupes sur Verdun mais cette direction est bientôt barrée par l'ennemi. Le 33e essaie de déborder par le Nord et le 18 août, tandis que se livre la bataille de Saint Privat un peu plus loin, le régiment sous la conduite du lieutenant-colonel Derroja interdit l'accès du village d’Amanvillers à deux fortes colonnes ennemies. Le bilan de cette journée est lourd : 5 -Officiers et 105 hommes tués ou blessés. La route de Verdun restera coupée mais le mouvement tournant des Allemands sur St Privat est stoppé. Le régiment regagne son campement sous Metz.

Le 31 août nouvelle tentative de desserrer l'encerclement : parti de Plappeville le 33e franchit la Moselle et contraint l'ennemi à évacuer Servigny (8 Km N.E. Metz) mais le lendemain une forte concentration d'artillerie l'oblige à lâcher prise et à se replier sur le château de Grimont, il rejoint sa base dans la soirée.

Une nouvelle offensive est déclenchée le 1er octobre, en direction de Verdun cette fois. Le Régiment se conduit magnifiquement et enlève les objectifs qui lui ont été assignés, mais ne recevant plus aucun ordre, à court de munitions et exposé à. un feu très meurtrier, il doit abandonner le terrain conquis au prix de 95 tués.

Le 6 octobre enfin, il défend avec acharnement le village de Lessy contre les assauts ennemis et en reste finalement maître.

C'est là son dernier fait d'armes jusqu'à la capitulation de Bazaine le 28 octobre. Ainsi prend fin une page de l'histoire du 33e R.I. dont les campagnes et les faits d'armes peuvent être résumés ainsi :

1823            Espagne - (Siège de Pampelune)

1841-1848    Algérie

1849            Siège de Rome

1855-1856    Crimée

1859            Italie (Melegnano)

1870            contre l'Allemagne (St Privat)

 

Au cours de cette période ses différents chefs de corps ont été les colonels :

 

- de Montalembert

 

1816

 

- Bouat

 

1848

- Marquis de Pracontal

 

1816

 

- de Fayet de Chabanes

 

1851

- Baron Carre

 

1819

 

- Bordas

 

1858

- Chevalier des Etangs

 

1823

 

- Kennedy

 

1860

- Camou

 

1840

 

- Bounetou

 

1863

 

 

 

 

- Derroja

 

1870

 

 

 

Précédente Suivante

 

 

 

 

Intervention française en Espagne en 1823

 (Tableau Lecomte)

 

 

 

 

 

      Le 33ème  devant la  citadelle d'Anvers après le bombardement de 1832 par les Hollandais

 

 

 

 

 

 

Le Maréchal Bugeaud en Kabylie

 

 

 

 

 

Le 33e en première ligne à la bataille de Melegnano

 

 

Le 33e R.I. a enfin trouvé sa garnison définitive au quartier de l'esplanade appelé plus tard Quartier Schramm

 

Le régiment sous la conduite du lieutenant-colonel Derroja interdit l'accès du village d’Amanvillers à deux fortes colonnes prussiennes lors de la bataille de St Privat